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Sortir du syndrome du ” combien vas-tu ? ” (suite)

Les combienvatistes

 

Dans mon billet précédent, je vous présentais le syndrome combienvatiste.

Voyons aujourdh’ui,

Quels sont en particulier les symptômes des managers ” combienvatistes ” ?

Derrière ce néologisme de circonstance se cachent certaines attitudes et comportements caractéristiques.

Je vous propose donc un focus circonstancié sur les deux déclinaisons managériales du ” combienvatiste “: le combienvatiste ” caricatural ” et le ” faussement bienveillant ”

  1. Le ” combienvatiste caricatural … “

Prenons un manager combienvatiste caricatural et plongeons le dans un environnement industriel ” en 3X8H “. Au petit matin, lors de son arrivée dans l’usine, il se dirige immédiatement et systématiquement vers “le tableau de production “, où il trouvera répertoriés les volumes produits par les équipes de nuit. Un coup d’œil rapide sur la ligne  ” production totale “, puis un rictus réprobateur le conduit à constater qu’ ” une fois de plus cette équipe est 10% en dessous des indicateurs de performance attendus”. Dès lors, le regard noir, ses premières questions aux collaborateurs sur le point de quitter le site après une nuit de travail sont les suivantes: ” qu’est-ce qui s’est encore passé ? “, ” pourquoi vous n’avez pas suivi le protocole alors que je vous avais pourtant averti en réunion. Vous allez mettre toute la production du service dans le rouge”.

Et devant la justification qu’avance l’un de ses collaborateurs concernant “un problème technique sur la ligne et un nouveau venu pas suffisamment formé sur le process “, le “combienvatiste” lui répond probablement ” je suis déjà au courant, mais on ne peut pas continuer comme ça. Il faut que vous vous repreniez. Je compte sur vous, sinon je ne pourrai pas vous protéger éternellement. Regardez vos collègues de la ligne X, eux sont aussi de nuit et pourtant ils sont toujours dans les clous “.

Le sermon passé, le “combienvatiste” se rappelle de son rôle de manager et tente de recréer soudain du lien avec ses collaborateurs: une réminiscence sans doute des bonnes pratiques ” relationnelles ” découvertes lors de sa dernière session de formation au management. Le voila donc qui se dirige à nouveau pour tenter de rattraper son collaborateur en tentant un  ” Avec tout ça, je n’ai pas eu le temps de te saluer. Tu as vu le match avant-hier ? “. Mais las, devant l’absence manifeste de réponse à cette tentative de dialogue, il préfère continuer sa ” tournée d’inspection ” et finit par aller se plaindre à son N+1 que “ses équipes ne lui remontent pas les problèmes et qu’il faut toujours qu’il soit là pour les fliquer et leur mettre la pression sous peine de les voir se relâcher et le soufflet retomber “.

Ce  que ce “combienvatiste caricatural” n’a évidemment pas intégré, c’est que ses collaborateurs sont parfaitement conscients que c’est bien vers le tableau de la production qu’il se dirige toujours prioritairement de bon matin. De la même manière qu’ils ont également parfaitement visualisé qu’il est vain d’essayer de lui remonter toute difficulté que ce soit, dès lors qu’elle n’est pas raccord avec sa vision de la meilleure manière de performer. Après tout, comme il leur a déjà expliqué, il n’est “pas objectivé sur les problèmes mais sur les résultats “.

Chaque collaborateur est ainsi intimement attentif aux signaux comportementaux et messages implicites véhiculés par son manager. Pire, par mimétisme, le collaborateur, risque de caler sa motivation ultérieure sur sa seule perception, voire sur son interprétation de la communication inconsciente de ce dernier. Je vous laisse imaginer les dérives associées qui pourraient s’en suivre, du type ici : “il n’y a que le chiffre qui l’intéresse, donc peu importe comment il est réalisé”, “si moi aussi, je veux réussir je dois produire à tout prix “, “c’est sans doute pour cela que Jean-François est sans cesse valorisé et qu’il a été promu conducteur de ligne à ma place”,  …

Parfaitement caricatural ce manager en milieu industriel? A voir …

Lors d’une intervention récente pour accompagner un directeur commercial sur le terrain, sur le panneau d’affichage collectif, je constatais que ses équipes avaient délibérément retourné le document intitulé ” best practices d’efficience commerciale ” : un document qui permettait en théorie de répertorier les comportements commerciaux à systématiser en entretien et donc de faciliter l’atteinte des ambitieux objectifs collectifs du réseau. Pourquoi un tel acte de “rébellion” et un tel “retournement”?  Tout simplement pour faire passer un message!

En effet, ces commerciaux avaient remarqué que le même manager qui leur demandait pourtant avec un bel enthousiasme de “décrire chaque semaine leurs best practices afin de proposer des suggestions d’amélioration utiles à tous et qu’il serait le premier à mettre en pratique” passait devant ces fameuses best practices tous les jours… mais sans jamais s’y arrêter une seconde. Mieux, il semblait préférer se diriger directement et inlassablement vers le seul tableau qui avait de l’importance à ses yeux : le déclaratif individuel des ventes réalisées.

Pour information, aux dernières nouvelles, le document est toujours à l’envers sans que cela ait semblé aucunement choquer le-dit directeur commercial…

  1. Le “combienvatiste faussement bienveillant”

Déclinaison moins directe, mais tout aussi démotivante que le carricatural, le “combienvatiste faussement bienveillant “, s’avère également fort répandu. Pour décrire son profil et ses comportements , c’est on ne peut plus simple puisque,…. vous ne le voyez pas ou peu. Dès que vous avez besoin de ses conseils, il vous rétorque dans un grand sourire ” Ecoute, vas-y, je préfère que cela vienne de toi, car c’est toi l’expert, tu pilotes ton unité. J’ai totale confiance en toi “. En d’autres termes, ” débrouille-toi “.

Du reste, tant que votre performance est bonne, que vos indicateurs ou ceux du service sont dans le vert, il vous laisse une totale liberté, pour ne pas dire une paix royale, limite l’autonomie indécente que vous ne lui avez jamais demandé. Mieux encore, si vous dépassez largement vos objectifs, il vous en félicite ouvertement… mais au fond de lui continue de penser que c’est ” tout à fait normal parce qu’après tout, c’est pour cela que vous avez été engagé”.

Et bien entendu, il ne se préoccupe pas non plus davantage de savoir quelle énergie monstrueuse vous avez bien du déployer pour réussir à mobiliser vos équipes ou quelles autres difficultés vous avez  bien pu rencontrer pour dépasser vos objectifs.

En somme, le “combienvatiste faussement bienveillant” est dans le meilleur des cas dans la félicitation (résultat attendu), mais jamais dans la valorisation (mise en valeur de l’existant et des efforts associés pour y parvenir). Il est aussi plus probablement dans le reporting (le constat pur, un regard en arrière et en fin de période sur la période écoulée et votre performance) mais jamais dans l’accompagnement ou le pilotage (un point d’étape, le regard tourné droit devant pour vous aider à prendre les bonnes décisions et à réussir les échéances de performance à venir)

Bon s’il se trouve néanmoins parmi vous des amateurs de “paix royale” et “d’autonomie à gogo”, gare à la douche froide, car il ne faut pas s’y tromper et le “combienvatiste faussement bienveillant” risque vite de vous les faire regretter”.

Pourquoi ? Parce que tandis que, bien tranquilles, vous n’avez pas entendu parler de lui depuis des semaines, voire des mois, le jour où l’un de vos indicateurs a le malheur de passer ne serait-ce que du vert à l’orange le plus léger, vous recevez dans l’instant 2 mails suivi de 3 coups de fil inquisiteurs vous demandant de bien vouloir lui “fournir urgemment des explications” , et de lui “proposer un plan d’action de rattrapage qui tienne suffisamment la route pour qu’il puisse présenter à sa direction comment vous allez vous y prendre pour régulariser “. Le tout rédigé en rouge, la deadline surligné en gras, votre N+3 en copie, et bien entendu en taille de caractère minimum 42.

En résumé, sous couvert d’autonomie royale et de sourires de façade le “combienvatiste faussement bienveillant” ne  cherche ni à vous responsabiliser ni à vous faire progresser. Il souhaite simplement qu’il n’y ait pas de problèmes et qu’il ait le moins possible à s’en mêler. Par contre dès que les problèmes surviennent, il est le premier à se désolidariser. Responsable (littéralement “capable de réponse”), vous avez dit responsable ?

Dans mon prochain billet, j’aborderai le sujet :

Mon N+1 est-il “combienvatiste” ? Est-il, dans ce cas, plutôt tendance “caricatural” ou ” faussement bienveillant” ? Etes-vous immunisé à titre personnel?

A bientôt,

Stéphane Flahaut et toute l’équipe MANEGERE

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