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Le théorème des singes

Présenté comme la description d’une expérience scientifique, ce théorème montre la force du conditionnement dans le temps, indépendamment des conditions de départ. Ainsi, une vingtaine de chimpanzés sont isolés dans une pièce où est accrochée au plafond une banane, et seule une échelle permet d’y accéder. La pièce est également dotée d’un système qui permet de faire couler de l’eau glacée dans la pièce dès qu’un singe tente d’escalader l’échelle.

 

Une douche froide associée à l’escalade de l’échelle : voilà le conditionnement

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Les chimpanzés l’apprennent très rapidement, à la fois en regardant leurs congénères mais également en tentant eux-mêmes l’escalade : le système de sprinklers arrose toute la pièce.

Si l’apprentissage ne se fait pas toujours par expérience individuelle, il se fait très vite par les réactions du groupe : il suffit d’observer qu’un seul tente l’expérience et les plus vifs se précipitent sur lui pour l’empêcher que tous ne subissent la douche froide.

Immédiatement après que l’apprentissage soit acquis, le système d’aspersion d’eau glacée est désactivé. Les chimpanzés conservent l’expérience acquise et ne tentent pas d’approcher de l’échelle.

Bien que ne craignant plus d’être aspergés, les chimpanzés ont consolidé un comportement interdit. Le conditionnement, qui est toujours une association « stimulus-réponse » est passé de « escalade-douche froide » à « escalade-châtiment corporel ».

On change ainsi de registre, le conditionnement devient social. Plus exactement, il devient « culturel » dans le sens où il s’agit d’un comportement porté par une population donnée et qui va se perpétrer dans le temps alors qu’il ne repose pas/plus sur aucune donnée extérieure. La preuve va nous en être fournie avec la suite de l’expérience.

Un des singes est alors remplacé par un nouveau. Lorsque ce dernier tente d’attraper la banane en gravissant l’échelle, les autres singes l’agressent violemment et le repoussent. Lorsqu’un second chimpanzé est remplacé, lui aussi se fait agresser en tentant d’escalader l’échelle, y compris par le premier singe remplaçant.

Nul ne doit transgresser la règle apprise ! Ainsi, l’expérience est poursuivie jusqu’à ce que la totalité des premiers chimpanzés qui avaient effectivement eu à subir les douches froides soient tous remplacés. Pourtant, les singes ne tentent plus d’escalader l’échelle pour atteindre la banane. Et si l’un d’entre eux s’y essaye néanmoins, il est puni par les autres, sans savoir pourquoi cela est interdit (puisque n’ayant jamais subi de douche glacée). On dit même que, généralement, le plus virulent des singes est celui qui, dernier entré, vient juste de se faire houspiller.

Quel enseignement ?

Tout d’abord, il faut dire que cette expérience, quoique très plausible, n’a encore jamais été réalisée. Ce qui la rend vraisemblable, c’est qu’elle paraît logique, réalisable et qu’elle correspond bien à ce que l’on peut imaginer des comportements individuels et de groupe.

Elle est cohérente avec les observations issues des expériences sur le conditionnement, menées depuis longtemps à partir des premières relatées par Pavlov sur les chiens.

Ensuite, il est naturel que chaque organisme privilégie les comportements facilitant sa survie et évite ceux menaçant son intégrité.

Ce qui devient stupéfiant, c’est le moment où le groupe ayant appris le conditionnement le transforme en règle alors que ce conditionnement ne le justifie plus.

Les conditions changent et les règles demeurent

Prenons un exemple plus « proche ». Les évolutions technologiques sont telles que le travail sur ordinateur est partout présent sur de nombreux postes de travail. Beaucoup de salariés effectuent une grande partie de leur travail à partir des informations présentes à l’écran, que ce soit à partir de logiciels de traitement de l’information, des calculateurs, des tableurs, des logiciels de recueil et de transmission d’informations.

Un extraterrestre débarquant aujourd’hui sur terre s’étonnerait de voir que des milliers de personnes se déplacent tous les jours et dépensent beaucoup d’énergie et d’argent pour se rendre devant un écran pour y travailler. Pourquoi ne pourraient-elles pas faire la même chose chez elles ? Seraient-elles moins efficaces si elles restaient sur leur lieu de vie ?

Certes, on touche là à d’autres facteurs comme la cohésion d’équipe, la facilité de communication entre services, la gestion des imprévus, etc… mais il reste toutefois la force d’inertie de nos croyances, de notre histoire, du contrôle des comportements, du pouvoir, etc.

Cela ne vaut-il pas la peine, grâce à un œil extérieur, de se pencher sur nos habitudes ?

N’a-t-on pas, avec ce théorème des singes, une autre vision du phénomène dit de « résistance au changement » ?

Au final, l’auteur, par cette expérience pas aussi « unique », laissant ses inouïs babouins, offre une narration déconcertante de nos conditionnements.

Et vous, quelles curieuses habitudes collectives avez-vous déjà constatées ?

Ecrit par Jacques Isoré

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