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La formation professionnelle en France : et si on en parlait ?

Formation Professionnelle

La formation professionnelle est souvent oubliée dans le débat public sur l’éducation

Diminuer l’échec scolaire et limiter le redoublement, en finir avec le manque d’équité qui ronge le système éducatif français, investir massivement dans le primaire pour que chaque élève maîtrise les compétences de base, adapter des rythmes scolaires pour plus d’individualisation de l’enseignement, revoir la formation des enseignants pour la rendre plus axée sur l’acquisition des compétences pédagogiques … Pas une semaine ne se passe sans que l’un de ces thèmes ne soient abordés dans les médias français, dans le débat politique et même au fond sur ce blog …

Certes, ces objectifs sont louables et surement la clé du succès de la refondation de l’école mais il est tout de même inquiétant que l’on en ait quasiment oublié que la réussite de certains pays passait également par une formation professionnelle de qualité qui prépare les jeunes au monde du travail et permette également aux adultes d’améliorer leurs compétences en cours d’emploi

Ainsi, en Allemagne, en Autriche, en Finlande ou encore en République tchèque, la formation professionnelle est performante et les jeunes diplômés de ce type de programmes contribuent fortement à la croissance économique de leurs pays respectifs, davantage même dans certains cas que ceux qui sortent avec un diplôme universitaire (voir indicateur A10 de Regards sur l’éducation 2012).

Pourtant, elle est peu développée en France par rapport à de nombreux pays de l’OCDE …

Par contraste, en France, mais aussi dans de nombreux pays de l’OCDE (pour ne pas blâmer que la France), la formation professionnelle est souvent éclipsée dans le débat public par l’importance accordée à la formation initiale générale. Et pourtant, rappelons que la France fait partie des pays ou le diplôme est fondamental pour l’intégration sur le marché du travail et que chaque année, les 150 000 jeunes qui sortent sans diplôme se trouvent en situation d’extrême précarité face à l’emploi. En 2010, 71 % des jeunes déscolarisés de 15 à 19 ans sont sans emploi ou inactifs en France, contre 57 % en moyenne dans les pays membres de l’OCDE.

Il serait donc temps d’agir pour qu’échec scolaire ne rime pas avec échec tout court car ceux qui sortent du système d’éducation aujourd’hui en France ont peu de possibilités de réintégrer une formation professionnelle et de finir leurs études. Dans certains pays, il est a contrario courant d’obtenir son diplôme de fin d’études secondaires après l’âge de 25 ans. Ainsi, 10 % environ des diplômés du secondaire l’ont été à 25 ans ou plus au Danemark, en Finlande et en Norvège ; ce pourcentage s’établit à 20 % en Islande et à plus de 40 % au Portugal.

… peu connectée avec le monde de l’entreprise…

De plus, la formation professionnelle en France n’est pas suffisamment dispensée en alternance, c’est-à-dire qu’elle se passe trop au lycée et pas assez en entreprise. En 2010, en France, un peu moins de la moitié des élèves du secondaire suivent une filière professionnelle et moins de 5 % d’entre eux sont en apprentissage contre plus de 20 % en Suisse, en Autriche, en Allemagne et au Danemark.

Les pays dits d’apprentissage (Allemagne, Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suisse) ont le mieux réussi à assurer, avec l’aide des partenaires sociaux, une formation de qualité à tous en agissant bien en amont. Ainsi, l’Allemagne organise des formations de préapprentissage pour les jeunes qui ont des faibles compétences scolaires et les accompagnent afin qu’ils n’échouent pas dans l’obtention d’une qualification. En France, le développement récent de l’apprentissage s’est fait essentiellement par l’accès des jeunes déjà diplômés. Il s’est surtout développé ces dernières années dans l’enseignement supérieur et il y a besoin d’un rééquilibrage sur les jeunes qui en ont le plus besoin, les non qualifiés (voir « Les examens de l’OCDE — Apprendre pour le monde du travail »).

… et surtout pas suffisamment valorisée.

La formation professionnelle dans le secondaire est mal considérée en France par les élèves comme par la société en général. L’orientation dans ces filières se fait presque toujours par défaut plus que par véritable intérêt et seuls des résultats scolaires insuffisants pousseront des parents à inscrire leurs enfants dans ces filières.

Souvent, les jeunes inscrits ne se voient pas non plus un avenir au-delà de ces filières, alors qu’en Australie par exemple ils ont à leur disposition tout un ensemble de spécialisations d’un an qui leur permettront de se perfectionner tout en démarrant une activité professionnelle. En France, quand les bacheliers des filières techniques et professionnelles désirent quand même faire des études supérieures (vers des IUT et STS), leurs places sont souvent trustées par des bacheliers des filières générales, ce qui les obligera à s’orienter par défaut vers l’université et souvent dans des filières en totale inadéquation (philosophiques ou littéraires) avec leur formation initiale.

5 pistes à prendre en compte

Le bilan est donc préoccupant et l’OCDE mettait en avant 5 pistes pour améliorer la situation en France dans sa publication sur la formation professionnelle intitulée : « Les examens de l’OCDE — Apprendre pour le monde du travail (2008-2010) et Apprendre au-delà de l’école (2011-2013) »

  • Former les jeunes à un métier, sans oublier l’importance des compétences générales.

En France comme dans la majorité des pays de l’OCDE de plus en plus d’emplois exigent des compétences générales solides. Comme les secteurs et les technologies évoluent rapidement, l’aptitude à apprendre est cruciale, et les employeurs prisent énormément les compétences générales sur lesquelles elle s’appuie. Certains élèves des filières professionnelles présentent de très graves lacunes à ce niveau, qui les handicapent lourdement.

  • Rénover le fonctionnement de l’orientation dans l’enseignement secondaire et mieux articuler orientation scolaire et orientation professionnelle.

Les collégiens, les apprentis et les lycéens devraient être mieux informés des nombreuses spécialités professionnelles et des passerelles existantes afin de mieux élaborer leur parcours scolaire et professionnel.

  • Accorder les contrats en alternance en priorité aux jeunes sans diplôme en ciblant les aides sur ce public et en développant le préapprentissage.
  • Créer un droit différé à la formation professionnelle pour les jeunes sortis du système scolaire sans maîtriser les savoirs de base, sans qualification et/ou sans diplôme.

Les jeunes en décrochage scolaire doivent pouvoir acquérir au minimum les savoirs de base au cours de leur vie professionnelle par l’instauration d’un droit différé à la formation financé principalement par les fonds collectés auprès des entreprises pour la formation professionnelle et dans le cadre du contrat de professionnalisation.

  • Faciliter l’accès des bacheliers professionnels aux filières courtes du supérieur (STS et IUT).

Améliorer les compétences des adultes en cours de carrière doit être une autre priorité.

Améliorer la qualité de la formation professionnelle dispensée dans le secondaire est une priorité, investir dans l’apprentissage et la formation à l’issue de la formation initiale en est une autre pour élever le niveau global de compétence à la disposition de l’économie. Et sur ce point, les insuffisances et inégalités observées dans l’éducation en France perdurent dans l’emploi. Trois grands points ressortent des statistiques de l’OCDE :

1. La formation professionnelle pour les adultes, aussi bien en taux de participation qu’en intensité de participation (nombre d’heures) est moins développée en France que dans la plupart des pays de l’OCDE

En moyenne, dans les pays de l’OCDE, plus de 40 % des adultes de 25 à 64 ans participent chaque année à des activités de formation formelles et/ou non formelles, contre seulement 35 % en France. Cette proportion varie toutefois sensiblement selon les pays. Plus de 60 % de la population bénéficie de formation formelles et/ou non formelles chaque année en Nouvelle-Zélande et en Suède, une proportion qui représente moins de 15 % en Hongrie et en Grèce. Les formations sont aussi plus ou moins intensives selon les pays. Le nombre moyen d’heures consacrées à des activités de formation est supérieur à 100 en Belgique, en Corée, au Danemark, en Espagne et en Hongrie, mais inférieur à 50 au Canada, en Italie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni et en Slovénie (voir graphique 1).

Graphique 1 : Participation à des activités de formation non formelles et nombre moyen d’heures consacrées à ces dernières par participant (2007)

À noter des choix stratégiques qui diffèrent entre les pays. La Corée opte par exemple pour des formations ciblées sur un petit nombre mais très intensives (plus de 100 heures par participant), alors que la Nouvelle-Zélande a une stratégie inverse, avec des formations ouvertes au plus grand nombre en partenariat avec les universités mais peu intensives. La France se situe dans le « Ni-ni » avec un investissement moindre par rapport à la moyenne et une intensité de participation également moins élevée (57 heures contre 79 heures en moyenne dans l’OCDE).

2. Les adultes sont plus susceptibles de participer à des activités de formation si leur niveau de formation initial est plus élevé, en France comme ailleurs.

Les diplômés de l’enseignement supérieur, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, sont près de trois fois plus susceptibles de se consacrer à des activités éducatives que ceux dont le niveau de formation est moins élevé. La France n’échappe pas à ce constat avec 57 % des diplômés du supérieur qui suivent une formation professionnelle contre seulement 19 % pour ceux qui n’ont pas de diplômes.

3. Les jeunes sont plus susceptibles de participer à des activités de formation, encore plus en France qu’ailleurs.

Les individus âgés de 25 à 34 ans sont près de deux fois plus susceptibles de participer  à des activités de formation pour adultes que les individus plus âgés (les 55-64 ans). Cette tendance est encore plus marquée en France avec seulement 16 % des 55-64 ans qui ont suivi une formation professionnelle (27 % en moyenne OCDE), contre 48 % des 25-34 ans (50 % en moyenne OCDE). En France, ce phénomène s’explique peut-être par le fait que les seniors accordent moins d’importance à l’acquisition de nouvelles compétences ou surtout que les employeurs leur proposent moins souvent des activités de formation.

Ces éléments mettent en évidence qu’il serait nécessaire d’accorder plus de place dans le débat public sur la formation professionnelle. Des initiatives existent néanmoins, avec par exemple la création du Collectif 21 des présidents pour l’amélioration de la formation professionnelle, ou encore avec les travaux de la Fédération de la Formation Professionnelle (FFP) sur le sujet. En ce qui concerne l’OCDE, le 8 octobre 2013 sortira le premier rapport qui évaluera les compétences des adultes de 16 à 64 ans dans 24 pays de l’OCDE (étude PIAAC). Ce rapport apportera un grand nombre d’enseignements pour enrichir le débat et situer la France par rapport aux autres pays de l’OCDE

 

L’éducation déchiffrée, Le blog d’Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE

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