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Futurs managers, et pourtant déconnectés de la vie des entreprises

Candidats aux concours d’entrée dans les grandes écoles de gestion, ils se destinent à des carrières de managers. Ils aspirent à occuper, dans trois ou quatre ans, des postes d’encadrement, dans les entreprises ou les organisations. Ils ambitionnent de devenir des “décideurs”. Et pourtant, une proportion non négligeable d’entre eux – proportion croissante, semble-t-il – ignorent à peu près tout de la vie des entreprises et du mouvement des affaires.

 

On ne résistera pas au plaisir un peu pervers de citer quelques perles récoltées ici ou là, à l’occasion des “entretiens de personnalité” de cette année. Tel candidat, pourtant venu de la banlieue parisienne, n’a jamais entendu parler de fermeture d’usine à Aulnay-sous-Bois. Telle autre, priée de citer un ou deux grands patrons, finit par lâcher un nom pour L’Oréal : celui de… Liliane Bettencourt. Un troisième, à la même question, évoque… “la dame d’Areva”, sans parvenir à retrouver son patronyme. Sans oublier celui qui voit Renault et Peugeot associés au sein du groupe PSA… Or cette ignorance de l’actualité économique semble, année après année, prendre de l’ampleur.

De même, nombre de candidats expliquent benoîtement aux jurys qu’ils n’ont aucune idée de leur futur métier ou du secteur d’activité dans lequel ils souhaitent travailler demain. Et qu’ils comptent sur leur future école pour leur fournir des pistes et des éléments de choix. Bref, c’est à l’institution de les aider à décider de leur future carrière.

Les entreprises de plus en plus exigeantes

Bien sûr, il s’agit là de cas particuliers. Mais ils sont, semble-t-il, de plus en plus nombreux – sans doute pas, il est vrai, dans les établissements les plus cotés. Certes, on peut comprendre que des jeunes élèves de 19 ou 20 ans, au sortir de deux années d’études intensives, ne soient pas des experts de l’actualité des entreprises. On ne leur demande pas davantage de dérouler un projet professionnel parfaitement ficelé. Il n’empêche : de telles lacunes ont de quoi surprendre. Elles montrent que nombre de candidats ont vécu leurs premières années d’études supérieures – en classes préparatoires ou ailleurs – dans une sorte de bulle certes studieuse, mais finalement douillette et un peu coupée du monde. Elles sont le signe d’un manque d’ouverture, de curiosité et de maturité qui interpelle, s’agissant (en principe) de futurs cadres, managers et dirigeants. D’autant que la plupart assurent lire régulièrement la presse, et même être abonnés à diverses publications, sans doute sur le conseil de leurs professeurs. Il va de soi aussi que ce type de profil n’est pas le plus prisé par les jurys des concours.

Il ne s’agit pas ici de fustiger telle ou telle formation, ni de critiquer les classes préparatoires ou les grandes écoles. Mais cette double lacune a un impact direct sur la mission des “business schools”. Celles-ci ne peuvent se contenter de former leurs élèves au management : elles doivent aussi, de plus en plus, les orienter, les aider à se connaître et à connaître le monde professionnel. Elles sont ainsi, de plus en plus, conduites à s’inscrire dans une logique de service et d’accompagnement individualisé. Résultat, une hausse significative des coûts de fonctionnement, et donc des frais de scolarité.

Qui plus est, cette tendance s’inscrit à contre-courant des attentes des entreprises. “Les recruteurs, notamment avec la crise, ont fortement haussé leur niveau d’exigence sur les aspects extra-scolaires, observe Marielle Lassarat, consultante en efficacité professionnelle et formatrice à EM Normandie. Ce qu’ils attendent aujourd’hui, ce sont des diplômés plus opérationnels, qui fassent preuve de maturité et d’esprit d’initiative, avec un projet cohérent et si possible une expérience de l’international.” Même tonalité chez François Dubreu, directeur du programme grande école à BEM, désormais fusionnée avec Euromed-Management au sein de Kedge : “L’objectif est que les entreprises vous recrutent pour vos projets, pas pour le diplôme que vous aurez acquis“, expliquait-il il y a quelques jours, lors de l’accueil des admissibles. Avant d’ajouter : “Prenez vos études en main“. Visiblement, certains ont oublié, avant les concours, de le faire.

 

Extrait de Focus CAMPUS, le blog de Jean-Claude Lewandowski

 

3 commentaires
  1. Il est vraiment alarmant de nos jours que l’on recrute uniquement qu’à base de diplôme universitaire. Je reste convaincu que le diplôme est un passeport pour l’expertise mais ne confirme pas l’expertise. il faut du savoir ,du savoir faire, du savoir faire faire. Et L’expertise ne pourra voir le jour si les étudiants choisissent leur filière que par la recommandation de leur motivation intrinsèque, par passion et non par des influences extérieures à savoir le poids des parents ,les calculs du marché d’emplois…Je pense que les perles des écoles de management connaitront de recul considérable que dans notre mode de penser qui doit se reposer dans la conquête et confirmation de l’être que l’on s’est choisi .De là le métier prend le dessus et l’économie mondiale se baignera dans une fonction croissante
    Alain
    .

  2. Le diplôme ne fait pas tout, loin de là.
    Ce n’est pas parce qu’on est un élève studieux avec de (très) bonnes notes et tout un tas de diplômes que l’on fera un bon manager, un bon gérant, un bon directeur.
    Il faut absolument avoir à la fois des compétences dans le métier mais aussi, et avant tout je dirais même, un sens de la réflexion aiguisé, une logique professionnelle, de la réactivité, de la capacité à écouter et communiquer… bref tout ce qui ne s’apprend pas dans les écoles mais qui s’acquière par l’expérience.

  3. Je ne vois rien de neuf dans cet article, c’était déjà comme ça il y a 20 ans.
    Quant à ne plus recruter sur le diplôme et le nom de l’école, il faudra aller ailleurs qu’en France, ou alors il faudra une révolution en France. Les élèves ont parfaitement intégré les critères de réussite non officiels français.
    Si vous voulez être recrutés pour vos compétences et votre individualité (cad ce qui fait votre force), allez à l’étranger.

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