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De nouvelles manières de travailler s’imposent malgré les managers

                                      
                           

La révolution numérique bouleverse la vie des salariés constatent Sandra Enlart et Olivier Charbonnier qui publient le livre «A quoi ressemblera le travail demain?». Mais les managers font de la résistance.

Nous sommes en 2025. Pierre Dupont a trois projets en cours. Il reçoit un flux permanent d’informations qu’il a appris à traiter en s’interrogeant sur la pertinence de ses sources. Il alterne périodes de travail et temps de formation afin d’actualiser ses compétences. Il entretient ses réseaux professionnels et personnels pour saisir toutes les opportunités.

Le monde du travail va devenir protéiforme assurent Sandra Enlart, directrice générale de l’assocation Entreprise et Personnel et Olivier Charbonnier, directeur général du cabinet Interface, qui ont reçu le prix Stylo d’or pour leur ouvrage «A quoi ressemblera le travail demain?» publié aux éditions Dunod. «L’ouvrage tire les fils de ce que nous voyons déjà à l’œuvre aujourd’hui. Nous n’avons pas utilisé de boule de cristal», assure Sandra Enlart. Ces fils s’appellent révolution numérique.

Pédagogues, les deux experts ont dégagé quatre tendances. Ils constantent une porosité des temps, des statuts et des espaces. Aujourd’hui, Pierre Dupont peut déjà être salarié d’un grand groupe, auto-entrepreneur, et blogeur. Il peut répondre à ses mails en réunion ou en vacances. Il travaille chez lui ou au bureau. Les collaborateurs de Microsoft ont, par exemple, la possibilité d’assister aux réunions à distance, de décaler ponctuellement leurs horaires. Les cabinets de conseil ont mis en place le télétravail depuis longtemps. Cette tendance va s’accentuer.

L’entreprise était un lieu de travail «sous contrainte». Elle va éclater en plusieurs espace de ressources. En juin dernier, les experts qui ont réalisé l’étude Deskmakg, ont recensé 2500 espaces de coworking dans le monde. 110.000 personnes y travaillent régulièrement ou ponctuellement. «Le nombre d’espaces de coworking double chaque année. On peut déjà les estimer à 3500 pour 150.000 coworkers», explique Eric van den Broek, cofondateur de l’espace Mutinerie à Paris. Lancé il y a deux ans, Mutinerie accueille 160 cotravailleurs à temps partiel sur 400 m²: des freelance, des indépendants, des porteurs de projet, des salariés.

Le monde physique et le monde numérique seront de plus en plus complémentaires. Car les gens qui travaillent, ne peuvent pas vivre uniquement dans un monde virtuel. Les designers seront de plus en plus présents pour mettre en image les réalisations qui seront présentées aux clients. «Cette représentation du travail ira de pair avec une mise en scène de soi indispensable pour capter l’attention», affirme Olivier Charbonnier.

Le marketing et la recherche seront de grands consommateurs de numérique. «Mais toutes les catégories socioprofessionnelles seront concernées. Le technicien de surface peut dès à présent développer son activité commerciale sur un site de revente en ligne», observe Olivier Charbonnier.

Ce nouveau monde permettra des rapports plus collaboratifs entre grands groupes et PME. Bouygues Télécom a lancé les mardis du digital. Chaque mois, le responsable d’une activité invite un intervenant extérieur à présenter les meilleures pratiques d’un marché dans un amphi qui peut recevoir 300 personnes. Dans le secteur de la santé, les laboratoires pharmaceutiques tissent des partenariats avec des biotech ou les rachètent. Dans le meilleur des cas, ils conservent l’organisation initiale pour garder la même réactivité.

Mais cette description vertueuse de l’avenir va devoir vaincre de solides résistances. Selon une étude réalisée en février par Kea & Partners avec OpinionWay sur l’impact du numérique sur les organisations, les deux-tiers des dirigeants français interrogés ne trouvent pas utile de sensibiliser les cadres à la culture numérique. 83% n’utilisent pas d’outils collaboratifs pour lancer un processus d’innovation. 58% jugent que les réseaux sociaux ne sont pas un sujet digne d’intérêt pour comprendre les évolutions du monde professionnel.

Mais les managers qui résistent au changement, pourraient être rapidement dépassés car les nouvelles générations vont de plus en plus apprendre dès l’école à comprendre le numérique et ses possibilités. Ce sera l’une des conditions pour accéder au marché du travail, assurent Sandra Enlart et Olivier Charbonnier.

Christine Piédalu

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